Vous avez acheté un logement neuf dans le cadre d’un dispositif de réduction d’impôt, et vous constatez qu’il se loue difficilement et se revendrait bien en dessous de son prix. Peut-on obtenir l’annulation de la vente ? Un arrêt de la Cour d’appel de Paris du 8 décembre 2017 (n° RG 16/05276) répond par la négative dans un cas typique, et rappelle que l’acquéreur est censé s’informer sur la valeur du bien avant de signer. L’analyse vaut pour tous les dispositifs de défiscalisation, passés ou à venir.
Les faits
En 2006, M. X. achète un studio et un parking à SAINT-DENIS-DE-LA-RÉUNION, dans le cadre d’un investissement « Girardin », au prix de 151 000 €. Il tente de le louer, sans succès. Il tente ensuite de le revendre, sans davantage de résultat.
Il se retourne alors contre le promoteur et demande l’annulation de la vente pour vice du consentement, en invoquant notamment un démarchage irrégulier.
Le dispositif Girardin
Le dispositif Girardin (article 199 undecies A du Code général des impôts) ouvrait droit à une réduction d’impôt pour l’achat d’un logement neuf ou en état futur d’achèvement dans les départements et collectivités d’outre-mer, à condition de le louer pendant au moins cinq ou six ans. Selon les projets, la réduction représentait 22 % à 48 % du prix d’achat, plafonnée à 2 449 € hors taxes par mètre carré et étalée sur cinq ans. Son volet locatif s’est éteint fin 2017.
Le mécanisme comportait un risque structurel : l’avantage étant proportionnel au prix, rien n’incitait à le contenir. Des programmes ont été commercialisés à des prix sensiblement supérieurs à la valeur de marché locale, et de nombreux acquéreurs ont découvert à la revente qu’ils avaient payé leur bien bien au-dessus de ce qu’il valait. Lorsque le logement ne trouvait pas de locataire dans le délai imposé, l’avantage fiscal devait en outre être restitué.
La décision : l’acquéreur devait se renseigner
La Cour confirme le jugement et rejette les demandes de M. X. Elle retient que « l’acquéreur avait toute latitude de se renseigner sur la valeur vénale du bien qu’il achetait, de sorte qu’il n’est pas fondé à prétendre qu’il ne se serait aperçu de son erreur sur le prix que lorsqu’il a voulu revendre son bien ».
Cette solution rejoint une règle aujourd’hui inscrite dans le Code civil : l’erreur sur la valeur, par laquelle un contractant fait seulement une appréciation économique inexacte du bien sans se tromper sur ses qualités essentielles, n’est pas une cause de nullité (article 1136). Pour obtenir l’annulation, il faut établir un dol, c’est-à-dire des manœuvres ou des mensonges ayant provoqué le consentement (article 1137), ou une erreur sur une qualité essentielle. Le prix seul ne suffit pas.
Les vérifications à faire avant d’acheter
La Cour reproche à M. X. de ne pas s’être informé. Concrètement, quelques vérifications auraient permis de mesurer le risque :
- La démographie de la commune. Une population en hausse soutient la demande locative ; une population stable ou en baisse, avec une offre neuve abondante, annonce de la vacance.
- L’offre disponible. Le nombre de logements comparables proposés à la location et à la vente dans le secteur renseigne sur la concurrence que subira le bien.
- Les prix et les loyers pratiqués. Les loyers sont liés aux revenus des ménages locaux ; un loyer projeté supérieur au marché ne sera pas obtenu durablement.
- L’emplacement. Un immeuble ancien rénové en centre-ville se comporte généralement mieux qu’un programme neuf parmi d’autres en périphérie.
Investir dans l’immobilier, c’est d’abord acheter un emplacement. Plus il est médiocre, plus le risque est élevé et plus le rendement exigé doit être important. Avec un emplacement solide et un achat au prix du marché, le risque de moins-value à long terme reste limité.
Le rôle d’un avis indépendant
Certains arguments de vente incitent à signer rapidement et déconseillent de consulter un tiers avant la décision. C’est précisément le signal qui devrait conduire à prendre conseil : auprès d’un notaire, d’un avocat, ou d’un expert en évaluation immobilière indépendant du vendeur et de l’intermédiaire.
Un rapport d’expertise établi avant l’achat compare le prix proposé, hors taxes, à la valeur vénale du bien, définie comme le montant auquel il s’échangerait entre un vendeur et un acquéreur consentants après une commercialisation adéquate (Charte de l’expertise en évaluation immobilière, 6e édition, Titre III, §1.1 ; EVS 2025, EVS 1). Il vérifie le loyer projeté au regard de la valeur locative de marché (Charte, Titre III, §1.4). Il engage la responsabilité de son auteur, ce qui le distingue d’un avis de valeur (Charte, Titre I, §1.1).
Le coût d’un tel rapport, facturé au temps passé, représente une fraction modeste du prix d’un investissement. Dans le cas de M. X., une dépense de l’ordre de 1 % du prix aurait permis de mesurer le risque avant d’engager 151 000 €.
Ce que valent ces biens en seconde main
Sous l’effet des programmes Girardin successifs, des studios dans des résidences récentes de SAINT-DENIS-DE-LA-RÉUNION se trouvaient, au moment de la rédaction de cet article, à moins de 40 000 € sur le marché de la revente.

La valeur locative de ces studios oscillait entre 300 € et 400 € par mois. Pour un acquéreur en seconde main qui parvient à louer, et sous réserve de charges de copropriété raisonnables, le calcul est le suivant : 350 € × 12 = 4 200 € par an, soit 10,5 % de rendement brut sur 40 000 €, avant frais d’acte, droits de mutation, taxe foncière et impôt sur les revenus fonciers.
Ce chiffre éclaire la situation de M. X. Même en supposant que son studio bénéficie de prestations supérieures à la moyenne, il paraît difficile qu’il le revende plus de la moitié de son prix d’achat, soit environ 75 000 € au lieu de 151 000 €. La perte est réelle, mais elle ne relève pas, aux yeux du juge, d’un vice du consentement.
Ce qu’il faut retenir
Un avantage fiscal ne corrige pas un prix d’achat excessif ; il le masque pendant la durée de l’engagement. Avant de signer, l’acquéreur dispose de moyens simples de se renseigner, et le juge attend de lui qu’il les utilise. Un rapport d’expertise, ou à défaut la consultation d’un professionnel indépendant, constitue à la fois une protection avant l’achat et une pièce déterminante si un litige survient.
Pour aller plus loin
La page Préjudices immobiliers décrit la mission d’évaluation d’un préjudice lié à un prix surévalué. Deux autres articles traitent du même sujet : défiscalisation immobilière en France et outre-mer et faire annuler une VEFA pour surévaluation du prix.
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